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C’est en 1898 que Louis, décidant de s’installer définitivement à Nancy, confie l’élaboration de sa future demeure au jeune architecte et décorateur Henri Sauvage. Si Majorelle lui fait confiance c’est notamment car le jeune homme, aux côtés d’autres artistes, a mis en place le concept de « l’art dans tout», mouvement progressiste, profondément social visant à démocratiser l’art, à abolir la notion de hiérarchie des arts et à introduire dans chaque foyer et environnement quotidien, une part de beauté. Ainsi, dans un quartier en pleine extension, Louis Majorelle fait construire une parcelle d’un hectare en suivant les principes de l’École de Nancy. Projet très local, plusieurs artistes parisiens seront néanmoins invités à collaborer et contribueront à révéler des pistes conceptuelles à la ville de Nancy.

La construction débute en 1901 et s’achève en 1902. La Villa Majorelle ou Villa Jika, en référence aux initiales de Jane Kretz, l’épouse de Louis Majorelle, devient le premier édifice de Nancy entièrement réalisé dans le style Art Nouveau. Aujourd’hui, la villa est classée au patrimoine des monuments historiques grâce à la notoriété d’Henri Sauvage. L’influence de Louis Majorelle n’a quant à elle été révélée que grâce aux restaurations dont le bâtiment fait l’objet depuis 2019.

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LE COMMANDITAIRE : Louis MAJORELLE

 

Louis Majorelle est né le 3 octobre 1859 à Toul. Alors que son père, Auguste Majorelle est un fabricant de meubles de renom, Louis étudie la peinture à l’École des Beaux-Arts de Paris. A la mort de celui-ci, le jeune homme revient aider sa mère dans leur entreprise familiale à Nancy. Il entame la production de mobilier moderne sous l’influence du célèbre maître verrier et céramiste, Émile Gallé. Le succès de l’entreprise Majorelle, que Louis tient avec son frère Jules, s’étend rapidement jusqu’à la capitale puis à l’échelle internationale en possédant plusieurs succursales notamment à Londres et Berlin, dès 1904. Ses commandes étant principalement émises par de riches industriels et des maisons de Haute Couture parisiennes, celles-ci ne font que renforcer la notoriété de Louis Majorelle.

Copyright photo : Damien Boyer

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L'Art Nouveau en quelques mots...

 

Mouvement artistique international de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, l’Art Nouveau se caractérise par une esthétique liée à la nature, aux courbes organiques, en réaction à l’industrialisation et au classicisme des années précédentes. Il s’agit d’un art total, concept visant à convoquer plusieurs médiums, plusieurs disciplines artistiques aux portées philosophiques diverses, dans le but de refléter un univers personnel dans lequel l’homme a la place de s’épanouir. L’Art Nouveau permet à chacun de créer son propre habitat, d’y mettre sa propre touche et d’accéder à l’art en le démocratisant.

Très ornemental, ce style artistique, notamment en architecture présente généralement des arabesques, des fleurs, des végétaux ou encore des insectes. C’est en 1905 que le mouvement semble atteindre son apogée avant d’évoluer plus tard, vers le style Art Déco.

La visite

Bien que la forme ne soit pas «moderne», le concept de cette maison l’est. En effet, la transparence des nombreux vitraux lie l’intérieur avec l’extérieur, par des jeux de perspectives  donnant sur le parc. En effet, l’Ecole de Nancy comptait dans ses rangs des botanistes, ayant nettement influencé Louis Majorelle. Après la mort de celui-ci, le parc ainsi que la maison ont été vendus, entraînant la réduction du terrain. C’est en 2019 que commencent des travaux de restauration intérieure pour rendre à la Villa Majorelle sa superbe et réhabiliter le travail des artistes qui y ont contribué. Au fur et à mesure des rénovations, les décors et les techniques mis au jour révèlent une certaine intimité et les personnalités des occupants de la maison, bien que les archives aient disparues. Le pochoir fait partie des techniques d’ornementation et de personnalisation simples et rapides, privilégiées dans la Villa et témoignant une nouvelle fois d’une volonté de rendre accessible et plus familier l’art au plus grand nombre. Aussi, Majorelle aurait-eu les moyens d’utiliser des techniques plus élaborées pour sa propre villa mais étant partisan actif de ce progressisme social et modeste et non dans la représentation, il garde le pochoir.

L’ensemble des décors intérieurs, se concentrent sur deux coloris un vert bronze et un rose pâle. Dans l’ensemble de la villa, le motif de la monnaie du pape est récurent. Symbole de la prospérité, il s’agit également d’une plante qui se sèche et qui fait référence à la pérennité. On la retrouve sur les vitraux du vestibule, sur la porte ainsi que dans la cage d’escalier.

Les verres des portes du rez-de-chaussée sont biseautés et des effets de miroirs renvoient une nouvelle fois sur le jardin.

 

L’escalier est quant à lui basé sur le thème du lierre. Plutôt que de reproduire un motif les sculptures du vestibule évoquent plus qu’elles ne montrent. Dans celui-ci justement, le regard est retenu par un rose très clair. Ces couleurs ainsi discrètes associées aux nombreux jeux de miroirs en font une expérience chromatique comparable à un kaléidoscope renvoyant chaque nuance de façon subtile. Rapidement, il est facile de constater que le matériau principal du mobilier de chaque pièce est le bois. Le bois de chêne pour les boiseries, notamment un plaquage précieux dans la salle à manger et du padouk, une essence de bois africain pour les boiseries du vestibule et du couloir.

Pour les finitions d’origine, une couleur miel accordée par une gomme laque diluée avec de la colle et non teintée s’allie très bien avec le rose et le vert et réchauffe la pièce.

 

Poursuivons notre découverte en pénétrant dans la salle à manger dont le thème des décors est l’épi de blé. Au centre de la pièce trône une majestueuse cheminée. Fabriquée par Alexandre Vigot, céramiste et grand chimiste, cette cheminée à plateaux n’est pas seulement un objet décoratif mais également un meuble à part entière car ses «oreilles» qui l’ornent comme des tentacules, peuvent faire office d’assises. Ainsi, chaque forme du mobilier possède une fonction utilitaire. Jacques Gruber, maître verrier et ébéniste est l’auteur des vitraux de la salle à manger sur lesquels figurent des décors de végétaux, des courges, des melons, qui servent la présentation de la pièce.

 

Accédons désormais au salon dont les recherches stratigraphiques révèlent que les boiseries étaient peintes en blanc cassé. Dans des revues de l’époque, Henri Sauvage justifie cette teinte en disant qu’il faut des valeurs très claires pour mettre en valeur les tenues des dames. De nombreux jeux de miroirs sont également présents dans cette pièce donnant sur la terrasse nord.

Il est intéressant de relever que cette architecture présente beaucoup d’analogies avec des villas contemporaines dans le reste de la France.

Nous montons maintenant l’escalier pour atteindre le dernier espace restauré et accessible au public, l’espace d’intimité. Les pièces de l’étage sont les chambres et la suite parentale. Dans une des chambres se trouve un décor de faux bois clair imitant le pitchpin. De nouveau, on retrouve la technique du pochoir avec des motifs d’Iris sur la tapisserie vert végétal. Bien que peu utilisé dans une chambre à coucher, le vert possède une vertu apaisante et rafraîchissante très bénéfique.

 

Ici s’achève notre tour d’horizon de la majestueuse Villa Majorelle.

 

Merci pour cette visite et à très bientôt pour une nouvelle expérience chromatique !

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Episode Hors-série

#09 Villa Majorelle

Interview de Camille André, architecte du patrimoine, associée et co-gérante de l’atelier Grégoire andré à Nancy spécialisé dans le domaine de la restauration et de la conservation des Monuments Historiques.